la déconstruction du paysage

Ma pratique photographique s’intéresse aux sites qui sont sous mes pieds, autour de
moi. Mon « local ».

J’ai montré une première fois « quai de Brazza, bordeaux bastide, 15 janvier 2010 » en
janvier 2011 Sous la Tente à Bordeaux. Cette exposition consistait en un face à face
FRONTALITÉ/MONUMENT/OBJET/HIVER/rive droite avec FRONTALITÉ/SITUATION/VIE/rive
gauche (tirages 60*90 sur papier photo CANSON contrecollé sur aluminium dibond).
Puis, de temps à autre, je suis revenu sur ce lieu. Tel un pèlerinage, j’ai guetté, saisi
l’évolution de ce monument. Jusqu’à la fin de l’été 2016 où, sur les grilles d’enceinte
donnant sur le quai, un affichage indique sa démolition. Démolition que j’ai pu suivre.
Alors, la démolition soudaine, brutale, de ce qui suscitait l’intérêt (ce monument), en
développa un nouveau. Le site, le lieu, son horizon. La Métropole de Bordeaux, espace
urbain que j’arpente et ausculte au quotidien « accélère » sa mutation depuis les années 2010.
Particulièrement sur la rive droite depuis 2015. Elle contraint peu à peu ses lignes d’horizon. Les
bouche, les chasse. Horizon que finalement je recherche.
L’horizon en ville. Voir loin là ou l’urbain nous pousse/force à regarder nos pieds, les
machines de toutes sortes auxquelles il faut prêter attention – signaux lumineux & sonores,
voitures, motos, scooters, bus, tram, vélos, trottinettes électriques, engins de chantier, piétions
aux oreillettes ou smartphones, etc… L’espace physique « réel » tout autant que symbolique
de la société occidentale capitaliste est l’urbain. La ville, la métropole, la mégalopole au
maillage mondialisé forme un paysage massivement artificiel, recomposé. C’est un paysage
urbain onirique, constitué avant tout de Machines. Lumières, Vitrines, de marques… Ce
paysage altéré, artificiel et mensonger, mono paysage, est en réalité un anti-paysage, qui ne
nous aide pas à appréhender la réalité dans laquelle nous vivons. Montrer l’horizon en ville
comme une tentative de donner à voir, à savoir, à penser ou réfléchir.
Donner à voir le Temps qui passe.
Mettre en évidence la beauté de l’instant présent.
Le travail de la photographie, d’arpentage, de respect et de patience, de
décryptage, de recoupement, long, parfois radical, souvent mal compris, a pleinement sa
place dans la nécessité que nous -humains- avons de la compréhension de notre
environnement immédiat. La photographie, Art majeur et produit de notre société industrielle
aura de ce fait plus que jamais besoin d’exister.

Dans le process de la photographie (pré-)existe l’étape du choix. Photographier c’est
– Arpenter le terrain avec sa machine, son appareil. Vivre/ photographier (SITE /
CORPS en mouvement)
– Vider les cartes, dé rusher, trier, sélectionner. Nommer. Référencer. Classer. Archiver.
Retravailler (a minima). Calibrer. Imprimer. Montrer (STUDIO – ORDINATEUR / ESPRIT)
Puis, des fois, exhumer.

Bordeaux, janvier 2020